Transcription du podcast đŸŽ™ïžÂ Â»Mission Possible S2E3 / Acte 1″ – JAM

J’ai eu le plaisir d’ĂȘtre interviewĂ©e par GĂ©rald DEBAUD de JAM, ce podcast est en 2 parties (parce que j’avais beaucoup de choses Ă  dire sur mon parcours de vie). Voici la transcription de la premiĂšre partie.

Voix off : Bonjour, JAM. Votre mission, si vous l’acceptez, est de remettre l’humain au centre de nos vies.

Comme toujours, si vous ou votre invité échouez, le département dira avoir eu connaissance de vos agissements.

Ce message s’autodĂ©truira dans 5 secondes.

Bonne chance.

JAM


AurĂ©lie RENARD-VIGNELLES : Salut JAM, je suis AurĂ©lie RENARD-VIGNELLES, j’ai 32 ans et je suis confĂ©renciĂšre et formatrice « Troubles DYS ».

Gérald DEBAUD : Salut Aurélie.

Aurélie : Salut Gérald.

GĂ©rald : AurĂ©lie, on va dire la vĂ©ritĂ© que la vĂ©ritĂ©, tu es d’accord ?

AurĂ©lie : Je suis d’accord.

GĂ©rald : C’est LinkedIn, hein AurĂ©lie, c’est ça, c’est que tu sais comment je fonctionne chez JAM, je suis curieux, je vais voir des profils et puis je tombe sur ton profil.

Il n’y a pas de hasard AurĂ©lie, tu parles de ta vie, tu parles de ton parcours, on parle presque d’un parcours de vie, quasiment un parcours de combattant, on va en parler ensemble.

Tu parles de diagnostic, tu parles de multi-DYS, de troubles DYS, et puis surtout tu parles d’une vie incroyable d’entrepreneuse engagĂ©e.

Je t’ai contactĂ©e, on s’est parlĂ© trĂšs vite, j’ai compris que tu m’as dit GĂ©rald, je suis d’accord, moi je veux bien tĂ©moigner, et tu m’as dit surtout AurĂ©lie, ce que je veux moi c’est partager, dĂ©dramatiser, dĂ©culpabiliser le handicap, c’est bien ça ?

AurĂ©lie : Tout Ă  fait, ouais, dĂ©culpabiliser le handicap parce qu’on peut effectivement avoir des difficultĂ©s, mais aussi avoir des forces et on peut rĂ©ussir malgrĂ© le handicap en fait.

GĂ©rald : Bon AurĂ©lie, moi c’est toutes les forces que je veux maintenant.
Bienvenue chez Jam, ta mission, Ă©coute-moi bien, ta mission si tu l’acceptes, AurĂ©lie, c’est justement de m’expliquer comment peut-on faire pour que son handicap devienne une force et que tout devienne possible.

T’es ok pour ta mission, tu l’acceptes ?

AurĂ©lie : J’accepte ma mission GĂ©rald, avec grand plaisir.

GĂ©rald : Allez c’est parti, c’est parti ! Donc on rembobine, tu connais un petit peu JAM.

Bon AurĂ©lie, tu es une pichounette toi, tu as 3 ans et visiblement, assez rapidement, il y a des premiers signes, c’est ça, c’est au travers de la scolaritĂ© en CP, qu’est-ce qu’il se passe ? Qu’est-ce que tes parents voient ?

AurĂ©lie : Alors, dĂ©jĂ , en fait, Ă  3 ans, mon pĂšre et une ophtalmologue ont vu que, j’avais un regard diffĂ©rent des autres, on ne savait pas pourquoi, mais voilĂ , c’Ă©tait un fait. Vers l’Ăąge de 5 ans, en grande section de maternelle, ma maĂźtresse de grande section a dit Ă  mes parents qu’il fallait Ă©ventuellement me faire examiner par le CMPP, donc le Centre MĂ©dico-PsychoPĂ©dagogique de Tours, Ă  l’Ă©poque, parce que j’avais un retard au niveau de tout ce qui est graphisme, psychomoteurs, etc. et dans beaucoup de domaines en fait, et donc on voyait de plus en plus le retard entre moi et les autres.

Donc j’ai fait ces tests, il s’est avĂ©rĂ© qu’en fait, malheureusement, on a annoncĂ© Ă  mes parents que, vu que je ne savais pas faire les « marionnettes », il aurait fallu me mettre en Ă©cole spĂ©cialisĂ©e, ce que mes parents ont refusĂ© et je pense qu’ils ont eu raison quand mĂȘme.

GĂ©rald : Ils ont bien fait, tout Ă  fait, je confirme tout Ă  fait, ouais.

AurĂ©lie : Sinon je ne serais peut-ĂȘtre pas lĂ  pour en tĂ©moigner.
Suite Ă  ça, j’ai fait des sĂ©ances de psychomotricitĂ© pour prendre un peu plus conscience de mon corps dans l’espace et pas mal d’autres choses, en fait, et pour prendre aussi conscience de mon Ă©quilibre, en fait.

Gérald : Tu me le disais, tu me disais, Gérald, à cette période, on parle 5-6 ans, tu de lecture, tu me parlais de


Aurélie : Oui, ça, aprÚs le CP, ouais.

Du coup, lĂ , effectivement, les examens que j’ai passĂ©s au CMPP, c’Ă©tait en grande section de maternelle. Donc en grande section de maternelle (en maternelle, en gĂ©nĂ©ral) on ne demande pas trop de concentration ++
 En fait, on est libre de se dĂ©placer dans la classe, alors qu’en CP, lĂ , c’est une autre paire de manches


On se rend compte, qu’en fait on demande beaucoup plus de rigueur, d’autonomie, on doit aller dans l’apprentissage de la lecture, de l’orthographe, la comprĂ©hension Ă  l’oral, enfin il y a plein plein de choses, le graphisme avec l’apprentissage de l’Ă©criture


Et lĂ  pour moi, bah, ça avait Ă©tĂ© une horreur, parce qu’en plus de ça, j’ai Ă©tĂ© humiliĂ©e par ma maĂźtresse de CP.

GĂ©rald : Donc humiliĂ© c’est un mot trĂšs fort AurĂ©lie, on en a parlĂ©, mais tu m’as dit GĂ©rald je l’assume c’est bien celui lĂ  ?

Aurélie : Tout à fait !

GĂ©rald : Tant pis pour cette dame, mais ça veut dire que cette dame, elle ne te respectait pas ? Elle avait une attitude qui n’Ă©tait pas respectable, c’est ça, par rapport Ă  ta personnalitĂ© ?

AurĂ©lie : Par rapport Ă  ma personnalitĂ©, par rapport au fait que, effectivement, j’avais des difficultĂ©s. J’allais voir une orthophoniste, par exemple, par rapport Ă  cette problĂ©matique d’apprentissage de la lecture. Ensuite, elle m’avait beaucoup humiliĂ©e par rapport Ă  mon Ă©criture de cochon qu’elle jugeait.

Un jour (je ne dirais pas exactement tout ce qu’elle m’a fait), mais elle m’a humiliĂ©e devant toute la classe en me disant que mon cahier c’Ă©tait une Ă©criture de cochon. Et du coup, elle a dĂ©chirĂ© la page pour que je recommence, devant toute la classe.

[đŸ„ JAM !]

AurĂ©lie : Tous les Ă©lĂšves de ma classe Ă©taient du genre Ă  se dire « En fait, cette fille-lĂ , il faut se moquer d’elle. »

GĂ©rald : Bien Ă©videmment.

AurĂ©lie : Dans la cour, j’avais des moqueries des Ă©lĂšves de ma classe
et j’avais aussi des moqueries d’autres Ă©lĂšves de plus grand. Et donc c’Ă©tait Ă  base de coups de pieds, croche-pieds, tentatives d’Ă©touffement, tentatives d’Ă©tranglement, on a failli me faire bouffer du sable, voilĂ .

Donc, je passais mes rĂ©crĂ©s Ă  subir le harcĂšlement de camarades dans la cour, quoi, et c’Ă©tait pas top Ă  l’Ă©poque
 Et lĂ , si tu me le permets, GĂ©rald, j’aimerais quand mĂȘme sensibiliser sur ce sujet.

GĂ©rald : Je permets tout AurĂ©lie. Vas-y, je permets tout et c’est le but du jeu, AurĂ©lie, c’est ça. Tu d’accord ? Vas-y, dis-moi. Parce que toi, tu l’as vĂ©cu, donc moi je t’Ă©coute.

AurĂ©lie : VoilĂ , le harcĂšlement, c’est pas Ă  prendre Ă  la lĂ©gĂšre, vraiment.
Parce qu’effectivement on est sur quelque chose qui peut dĂ©truire la vie, c’est ce qui a Ă©tĂ© le cas pour moi en tout cas pendant de trĂšs nombreuses annĂ©es.

Et dĂšs qu’on voit du harcĂšlement, il faut appeler le numĂ©ro, je crois que c’est le 3020 si je me souviens bien, pour prĂ©venir le harcĂšlement. Le harcĂšlement, il faut en parler. Si vous vous faites harceler par quelqu’un, il faut en parler. Il ne faut pas rester sans le dire, parce que moi j’avais honte d’ĂȘtre humiliĂ©e et l’aventure qui s’est passĂ©e avec ma maĂźtresse de CP, je l’ai dit Ă  mes parents qu’Ă  l’Ăąge de 16 ans. Il Ă©tait dĂ©jĂ  trop tard.

GĂ©rald : La bonne nouvelle AurĂ©lie, c’est que le monde change, alors peut-ĂȘtre pas assez vite, mais t’es d’accord il change, aujourd’hui tu as vu que le harcĂšlement scolaire est une cause nationale, que les pouvoirs publics ils mettent beaucoup beaucoup beaucoup d’Ă©nergie, mais malheureusement, et tu l’as vĂ©cu et moi j’ai beaucoup d’humilitĂ© et je te remercie de tĂ©moigner
 Bah souvent on est dans cette situation de « harcelé », il y a la honte, il y a la pudeur, donc on reste silencieux, on encaisse les coups.

AurĂ©lie : Et puis il y a la peur aussi, la peur du jugement des autres, la peur de se recevoir encore plus coup finalement. Mais au final il y a des fois oĂč il y a quand mĂȘme des messages d’espoir qui reviennent parce que moi je sais qu’il y a certains de mes harceleurs qui quelques annĂ©es plus tard m’ont dit : « Bah Ă©coute AurĂ©lie, excuse moi pour tout ce que je t’ai fait subir » et j’ai trouvĂ© ça super courageux de leur part parce que finalement.

Il faut avoir du courage pour avouer ses fautes et pour se dire : « bah voilà ». Et je trouve ça cool parce que cette personne-lĂ  que je croyais ĂȘtre sans empathie finalement


Gérald : 
a grandi, a mûri a pris du recul


Aurélie : Oui, voilà.

GĂ©rald : Et c’est rendu compte
 Mais je pense qu’on sait combien quand on est jeune on est parfois dur avec les autres.

Dis-moi AurĂ©lie, tu vas ĂȘtre diagnostiquĂ©e, et lĂ  j’ai besoin de toi parce que c’Ă©tait aussi l’objectif. Tu m’as dit : « GĂ©rald, moi je viens tĂ©moigner chez JAM, mais j’ai besoin d’expliquer les choses ». Je t’ai dit ben moi ça m’arrange je veux que tu expliques les choses.

Tu vas ĂȘtre diagnostiquĂ©e multi-DYS. Alors DYS c’est D-Y-S et je veux bien
maintenant AurĂ©lie que tu nous expliques de quoi on parle et en quoi toi ça t’a touchĂ©e dans ta vie ?

[đŸ„ JAM !]

AurĂ©lie : Les troubles DYS c’est en gros des
 (pour faire simple hein), je vais vulgariser pas mal…

Gérald : Bien sûr !

AurĂ©lie : …on est sur du tout public. Du coup les troubles DYS, c’est un dysfonctionnement d’une ou plusieurs zones du cerveau.

GĂ©rald : D’acord.

Aurélie : Donc bon, on a plus ou moins 7 troubles DYS, enfin un peu plus de 7 troubles DYS, mais moi je parle de 7 troubles DYS qui sont maintenant plutÎt connus.

Donc on a la dyslexie, qui est connue de beaucoup de monde, qui touche du coup l’apprentissage de la lecture. Ensuite on a la dysorthographie, trĂšs associĂ©e notamment Ă  la dyslexie, qui touche tout ce qui est orthographe, fautes d’orthographe, etc. Ensuite, on a la dysgraphie, qui touche tout ce qui va ĂȘtre Ă©criture au sens des lettres, donc le graphisme.

GĂ©rald : Oui !

AurĂ©lie : C’est-Ă -dire que quand vous formez une boucle Ă  l’Ă©criture, quand on Ă©crit en Ă©criture cursive, en fait, notre cerveau est obligĂ© de rĂ©flĂ©chir, au dĂ©part quand on apprend Ă  Ă©crire.

Eh bien, quand on grandit et qu’on n’est pas dysgraphique,
on a la chance de pouvoir automatiser le geste.

Eh bien, quand on grandit et qu’on n’est pas dysgraphique, on a la chance de pouvoir automatiser le geste. Chez les DYS, il y a des problĂšmes d’automatisation.

GĂ©rald : D’accord.

AurĂ©lie : C’est-Ă -dire que moi, si j’Ă©cris en Ă©criture cursive, ça va donner Ă  peu prĂšs la mĂȘme chose que si toi, GĂ©rald, tu Ă©cris
 Je ne sais pas, tu es droitier ou tu es gaucher ?

GĂ©rald : Et je suis gaucher.

AurĂ©lie : Eh bien, peut-ĂȘtre que si tu Ă©cris de la main droite, du coup, peut-ĂȘtre que ça va donner la mĂȘme chose, que ce que moi j’Ă©cris de la main droite, puisque je suis droitiĂšre.

GĂ©rald : Je comprends. Oui, mais je comprends. Donc le cerveau fait pas ce travail d’automatisation et donc ça te redemande Ă  chaque fois un effort particulier.

AurĂ©lie : Donc il y a ça, donc dysgraphie, du coup. Ensuite, on a la dyscalculie, qui concerne tout ce qui est nombres, chiffres
 Dyscalculie qui d’ailleurs est assez marrant parce qu’on a quand mĂȘme des savants, des gĂ©nies comme Einstein qui Ă©taient dyscalculiques, ce qui ne l’a pas empĂȘchĂ© de faire la relativitĂ© !

Gérald : Sacrée revanche sur la vie !

Aurélie : Voilà, hein !

GĂ©rald : C’est peut-ĂȘtre d’ailleurs parce qu’il Ă©tait DYS, qu’il l’a fait peut-ĂȘtre mĂȘme d’ailleurs.

AurĂ©lie : Ah peut-ĂȘtre oui, sans doute ! Alors aprĂšs, c’est vrai que c’est assez marrant parce que moi j’Ă©tais un petit peu, si je puis me permettre, un peu un Einstein, parce que effectivement, j’avais beaucoup de difficultĂ©s en arithmĂ©tique, mais dĂšs que le sens du nombre n’Ă©tait pas altĂ©rĂ©, c’est-Ă -dire que dĂšs que j’avais du concret, il n’y avait pas de problĂšme.

En fait, ce qu’il faut savoir chez les dyscalculiques, c’est qu’on a un peu une logique inversĂ©e. Une personne dyscalculique, elle va avoir tendance, sans le vouloir bien sĂ»r, Ă  se complexifier l’existence pour comprendre un calcul, pour faire un calcul, par exemple un calcul basique de multiplication, d’addition, sans avoir de concret.

En fait, les calculs simples vont ĂȘtre difficiles parce que le cerveau va ĂȘtre obligĂ© de rĂ©flĂ©chir. Mais par contre, lĂ  oĂč c’est sympa, c’est que lĂ  oĂč les autres ne vont pas avoir cette souplesse, cette gymnastique, nous, on va ĂȘtre fort dans les calculs qui vont ĂȘtre super complexes pour les autres.

Donc, en gros, tout ce qui est complexe pour les autres est simple pour nous, et Ă  l’inverse, tout ce qui est simple pour les autres est complexe pour nous. Et dĂšs qu’on ajoute du sens, eh bien lĂ , je peux te dire que quand j’Ă©tais en BTS, j’Ă©tais capable de faire des transformĂ©s de Fourier, de Laplace avec des impĂ©dances de composants Ă©lectroniques. Et j’avais 16 de moyenne quoi.

GĂ©rald : Du coup, c’est lĂ , ça y est, on y est dans ta mission.
Rappelle-toi de ta mission que tu as acceptĂ©e AurĂ©lie. C’est justement au-delĂ  de dĂ©dramatiser, dĂ©culpabiliser, d’expliquer ce que tu fais. C’Ă©tait aussi, je te dis, explique-moi comment un handicap peut devenir une force et tu viens de le prouver.

Tu dis GĂ©rald, effectivement, j’avais des soucis, les gens comme moi ont des soucis sur des calculs basiques parce qu’on va se complexifier la chose on ne peut pas automatiser, ça devient un truc. Par contre, GĂ©rald, une fois que le sens (et on aime bien toi et moi le mot « sens » dans la vie), eh bien dĂšs que le sens est lĂ  et que le chiffre je l’ai compris, eh bien derriĂšre je suis largement plus forte que toi parce que j’ai beaucoup plus d’agilitĂ© et de flexibilitĂ©.

AurĂ©lie : Tout Ă  fait ! Alors je vais quand mĂȘme continuer sur l’explication des troubles DYS. Puisqu’il y en a encore d’autres. Il y a la dysphasie dont on parle assez peu. D’ailleurs, j’ai oubliĂ© de donner des chiffres : les troubles DYS, ça reprĂ©sente Ă  peu prĂšs 10% de la population française, donc Ă  peu prĂšs 7 millions de personnes en France. Ça fait quand mĂȘme pas mal.

GĂ©rald : Ce qui fait pas mal, exactement.

AurĂ©lie : Et donc lĂ , on en vient Ă  la dysphasie qui touche seulement 2% de la population. Donc moi, j’ai les 2 dysphasies, une dysphasie qu’on appelle mixte, puisque j’ai des problĂšmes de comprĂ©hension Ă  l’oral et des problĂšmes d’expression Ă  l’oral.

Alors ça ne s’entend pas forcĂ©ment toujours, hein, parce que je suis concentrĂ©e et je connais mon sujet, heureusement pour moi, mais il y a des fois oĂč, je sais que par exemple, aprĂšs l’enregistrement de ce podcast, bah forcĂ©ment je vais avoir des phrases d’un enfant de 3 Ă  5 ans avec le comportement qui va avec parce que les troubles DYS, ça fatigue.

En fait, nous les DYS, on est fatigable assez rapidement parce qu’on compense Ă©normĂ©ment, des fois, et du coup, Ă  force de compensation, en fait, notre cerveau, il surchauffe en quelque sorte.

Gérald : Bien sûr.

AurĂ©lie : Et puis voilĂ . Alors toi, je sais que toi, GĂ©rald, tu es Ă  Annecy, et qu’il fait trĂšs chaud chez toi. Eh bien, peut-ĂȘtre tu l’as ressenti, cet effet de fatigue Ă  cause de la surchauffe.

GĂ©rald : Exactement. Si si exactement AurĂ©lie. Et l’exemple est pratique. Exactement, on se sent amoindri, on ne se sent pas pas Ă  100%. Non non, le mot me va trĂšs bien, puis lĂ  effectivement en ce moment, t’as vu sur la France
 Alors toi je sais que tu as eu un orage on en a parlĂ© juste avant l’enregistrement, donc normalement tu vas gagner en tempĂ©rature, mais oui je comprends. La dysphasie effectivement est certainement le moins connu et c’est bien que tu l’ai expliquĂ©, parce que voilĂ . Qu’on comprenne de quoi on parle, mĂȘme si tu dis GĂ©rald, en particulier ça c’est plutĂŽt 2% de la population, peu importe on s’en fiche. Tant qu’il y a des gens touchĂ©s, c’est important, et c’est bien que tu en parles.

[đŸ„ JAM !]

AurĂ©lie : Donc il y a aussi la dyspraxie. Alors la dyspraxie, c’est quoi cette chose ? C’est d’ailleurs un trouble qui touche pas mal d’acteurs. Donc on a notamment Daniel Radcliffe qui joue Harry Potter, on a StĂ©phane Plaza, on a Eva Green, on a Jean Dujardin, on a plein de personnes connues qui l’ont et c’est tant mieux parce que du coup ça prouve que effectivement encore une fois ça peut devenir une force, malgrĂ© tout. D’ailleurs j’ai fait du thĂ©Ăątre moi-mĂȘme, en amateur, mais j’ai fait du thĂ©Ăątre. Et le thĂ©Ăątre m’a beaucoup aidĂ©, donc voilĂ , pour continuer sur ma mission des forces.

GĂ©rald : Et la dyspraxie, c’est quoi la dyspraxie ? Si tu devais donner une dĂ©finition ? Parce que tu dis, GĂ©rald, c’est quasiment une force, alors c’est intriguant de dire ça, attend ! Comment ça se matĂ©rialise ?

AurĂ©lie : Alors comment ça se matĂ©rialise ? Ça se matĂ©rialise par des problĂšmes de coordination des gestes. C’est-Ă -dire que par exemple, quand on va essayer de conduire, ça va ĂȘtre difficile par exemple, pour passer les vitesses. Alors moi je n’ai pas le permis parce qu’en plus des troubles DYS, j’ai aussi d’autres pathologies qui font que malheureusement je ne pourrai jamais conduire.

GĂ©rald : D’accord.

AurĂ©lie : Mais j’ai fait l’apprentissage de la conduite, j’ai fait 15 heures de conduite et au bout de 15 heures de conduite, je ne savais toujours pas passer les vitesses correctement.

GĂ©rald : D’accord.

AurĂ©lie : Parce qu’en fait, au point de patinage, le fait de faire deux choses Ă  la fois, c’est trĂšs difficile. On a aussi des difficultĂ©s
Ă  s’orienter dans l’espace. D’ailleurs, j’ai une petite anecdote assez sympa.

GĂ©rald : J’adore les anecdotes sympas, dis-moi !

AurĂ©lie : Tout Ă  l’heure, je te parlais d’Harry Potter, etc. Et moi, j’aime beaucoup, d’ailleurs, cette saga parce qu’il y a des des exemples clairs dans cette saga, par rapport aux atypismes, etc. Bref, voilĂ , c’est un autre sujet. Mais moi, j’ai un jour cru qu’il y avait (enfin, mon cerveau m’a fait croire), qu’il y avait une cape d’invisibilitĂ© sur l’Arc de Triomphe Ă  Paris.

GĂ©rald : Une cape d’invisibilitĂ© sur l’arc de triomphe Ă  Paris đŸ€Ł ?

AurĂ©lie : Ça paraĂźt totalement improbable, je te l’accorde.

GĂ©rald : Ça paraĂźt improbable, effectivement, mais c’est mignon. Et alors, t’as fait quoi avec cette croyance ?

AurĂ©lie : Alors en fait, si tu veux, mon mari me disait, tiens regarde, on Ă©tait sur l’avenue des Champs-ÉlysĂ©es, et mon mari me dit : « Tiens regarde AurĂ©lie, il y a un drapeau de la France sous l’Arc de Triomphe ».

GĂ©rald : Exactement.

AurĂ©lie : VoilĂ , eh bien moi, j’ai regardĂ© 3 fois, mes yeux l’ont vu certainement, mais pas mon cerveau.

GĂ©rald : Ah oui 😯 ?

AurĂ©lie : Et pourtant c’est gros comme plus qu’une maison.

GĂ©rald : Oui, c’est peut-ĂȘtre le plus gros drapeau de la France de France, t’es d’accord ?

AurĂ©lie : Non mais surtout le machin lĂ , le gros bĂątiment quoi, l’Arc de Triomphe quoi. Mon cerveau ne l’a pas vu, ne l’a pas dĂ©tectĂ©, mes yeux l’ont vu, mais. Du coup a fallu que mon mari me mette la tĂȘte droit sur l’Arc de Triomphe pour que je le vois.

GĂ©rald : Dans l’axe ?

AurĂ©lie : Dans l’axe, voilĂ .

GĂ©rald : Ah ouais, d’accord.

AurĂ©lie : Et ça ça m’arrive trĂšs souvent et c’est vrai que c’est un petit peu
 En fait j’aime bien dire que quand je pars en dĂ©placement du coup en tant que confĂ©renciĂšre, ça m’arrive de voyager dans toute la France.

Gérald : Bien sûr.

AurĂ©lie : Évidemment ! Et en fait bah, il y a mon mari qui derriĂšre parfois, me guide par tĂ©lĂ©phone. On fait un peu « la chasse au trĂ©sor », tu sais. J’adore parce que ça fait toujours des aventures Ă  raconter


GĂ©rald : Ah bah oui, j’imagine. Tant que ça finit bien, on est bon.

AurĂ©lie : Mais voilĂ  c’est toujours assez marrant de se retrouver
 Enfin marrant, oui et non, parce que ce n’est pas marrant sur le coup, mais c’est aprĂšs qu’on rigole bien de tout ça. Mais oui, ça peut donner une vie d’aventurier, en fait, d’ĂȘtre DYS. Alors, donc du coup, il y a ça et il y a un autre DYS, un dernier DYS dont j’aimerais vous parler. C’est les troubles dysexĂ©cutifs. C’est quoi cet engin ?

GĂ©rald : Qu’est-ce que c’est ce truc ? Dis-moi tout.

AurĂ©lie : Alors, on va avoir des problĂšmes de planification des tĂąches. C’est-Ă -dire qu’on va dire souvent « Par quoi je commence ? »
VoilĂ , ça c’est la question bien Ă©pineuse pour les personnes avec des troubles dysexĂ©cutifs. Ça peut engendrer aussi des problĂšmes, par exemple dans la planification des gestes, parce qu’on ne sait pas dans quel ordre faire certains gestes, par exemple.

Gérald : Eh oui, bien sûr.

AurĂ©lie : Ça peut ĂȘtre aussi des problĂšmes d’inhibition. Donc c’est quoi l’inhibition ? Je donne toujours les gros mots et je les explique aprĂšs.

GĂ©rald : Vas-y, vas-y, vas-y, avec grand plaisir.

AurĂ©lie : Donc en fait, l’inhibition c’est en fait la capacitĂ© Ă  stopper des comportements automatiques, par exemple. C’est-Ă -dire qu’on va avoir
des problĂšmes, par exemple moi, quand je suis sur des passages pour piĂ©ton avec des feux, et qu’en fait il y a une voiture qui arrive de la gauche ou de la droite et qui est elle aussi a le feu vert, eh bien moi, j’ai tendance Ă  courir parce que je n’arrive pas Ă  voir la distance entre moi et la voiture. Et donc du coup, il m’arrive de courir parce que c’est vert donc je passe, mais il y a des fois oĂč les voitures elles ne font pas attention Ă  toi et ça c’est dommage. Et du coup tu manques de te faire Ă©craser.

[đŸ„ JAM !]

GĂ©rald : Aujourd’hui tous les 2, on vient de faire une liste des DYS et toi tu vas ĂȘtre diagnostiquĂ©e DYS


Aurélie : Ouais.

GĂ©rald : Et malheureusement AurĂ©lie, mais parfois heureusement, c’est ça que j’aime dans ton tĂ©moignage, c’est de dire bah GĂ©rald, tu m’as dit, je crois, quand on s’est parlĂ©, j’ai la totale. C’Ă©tait le terme qui dit, GĂ©rald, voilĂ , moi, je ne suis pas passĂ© au travers, j’ai la totale et je vis avec cet environnement DYS, c’est bien ça ?

AurĂ©lie : Oui, c’est un peu ça. En fait, si tu veux, moi, je me suis dit, bah, Ă©coute, finalement, pour moi, le diagnostic a Ă©tĂ© plutĂŽt une libĂ©ration. Et pas, genre : « Ouais, tiens, on te mets 36 000 Ă©tiquettes, etc. » Parce que, en fait, Ă  partir de ce moment-lĂ , je me suis dit « Ok, AurĂ©lie, on sait ce que tu as, on va enfin pouvoir t’aider efficacement. »

Et alors, pour les parents d’enfant DYS, peut-ĂȘtre, qui nous Ă©coutent,
on me pose souvent la question : « Mais Aurélie, pourquoi on fait passer le test de QI ? »

GĂ©rald : Oui, oui, je comprends.

AurĂ©lie : C’est une grande question, je vais vous donner la rĂ©ponse maintenant, c’est qu’en fait dans le test du QI, ce qu’on va tester c’est effectivement les difficultĂ©s, mais aussi les forces. Et pour qu’une rĂ©Ă©ducation fonctionne, il faut s’appuyer sur les forces, c’est ça le secret, en fait.

Et si moi aujourd’hui j’ai rĂ©ussi, c’est parce que j’ai pris conscience de ces forces lĂ , et notamment tout Ă  l’heure je te disais, ouais la dyspraxie c’est gĂ©nial. Parce que effectivement, je te disais, j’ai une orientation dans l’espace presque de zĂ©ro. Elle s’est amĂ©liorĂ©e quand mĂȘme, avec l’Ăąge, heureusement. Mais en fait, il n’y a pas que l’orientation dans l’espace, il y a aussi une mĂ©moire visuelle proche de zĂ©ro, ce qui fait que, du coup, tu compenses Ă  l’oral. C’est-Ă -dire que, par exemple, comme un aveugle ou une personne malvoyante, qui va ĂȘtre privĂ© du sens de la vue, une personne aveugle va compenser avec son ouĂŻe, son toucher, son odorat, etc. Et donc du coup, c’est un peu ça en fait, avec les troubles DYS, notamment dyspraxie par exemple.

Pareil pour la lecture, il y a des dyslexiques qui peuvent ĂȘtre rĂ©alisateurs par exemple, des choses comme ça tu vois. Tim Burton, Luc Besson, Steven Spielberg, des gens comme ça, qui ont mis Ă  profit leur crĂ©ativitĂ© si tu veux. Parce qu’effectivement on ne pense pas en lettre, on pense en images et c’est ça qui est gĂ©nial !

Alors aprĂšs bien sĂ»r tout le monde peut penser en images, mais nous on a cette capacitĂ© ++, si tu veux. On fait de la compensation du handicap, parce que oui c’est un handicap.

GĂ©rald : Oui, c’est un handicap, mais on est en plein dans la mission. Je te rappelle la mission que tu as acceptĂ©e, attention, c’est de dire justement, on va dĂ©dramatiser, on va dĂ©culpabiliser et on va expliquer en quoi ça peut ĂȘtre une force et qu’il faut travailler ses forces ?

Tu viens de le donner, tu viens de citer des noms qui ont compensĂ©, tu parles de compensation : « GĂ©rald, on a un des sens qui est altĂ©rĂ© et tu as pris l’exemple, mais il y en a d’autres, eh bien on va compenser les autres sens pour pouvoir avancer. » C’est important AurĂ©lie, parce que tu dis, au moment oĂč je suis diagnostiquĂ©e, j’ai un soulagement, j’ai un mot, j’ai un diagnostic. Et du coup ben si je comprends bien on va continuer l’histoire. À partir de la 5Ăšme, amĂ©nagement.

Aurélie : Ouais !

GĂ©rald : Et lĂ  tu dis ben GĂ©rald, ça y est c’est parti quoi. AmĂ©nagements, dit tu te sens mieux, tu te sens mieux t’as de meilleures notes, j’annonce que tu as eu le brevet avec « mention bien » 

AurĂ©lie : « Mention bien », ouais. D’ailleurs si je puis me permettre grĂące Ă  la persĂ©vĂ©rance. Et moi, quand je suis en confĂ©rence, j’aime bien le reprĂ©senter par un lion. Pourquoi le lion, c’est le symbole de la persĂ©vĂ©rance, parce que 80% de sa vie est un Ă©chec en fait. Parce qu’il va mettre 5 Ă  7 fois avant de capturer sa proie, le lion ou la lionne, je ne suis pas dans le sexisme.

Gérald : Ne faisons pas de genrisme, ça marche pour les 2, tu as raison. Ouais, je comprends.

AurĂ©lie : Mais voilĂ , en fait le lion c’est le roi de la savane parce que, malgrĂ© ses Ă©checs, il continue et puis finalement il arrive Ă  capurer sa proie en fait.

[đŸ„ JAM !]

GĂ©rald : Donc cette mise en oeuvre, ce diagnostic qui libĂšre finalement, c’est ce qu’on a dit, quand tu dis la tenacitĂ©, on a parlĂ© du mot rĂ©silience tous les 2.

Aurélie : Oui du mot résilience !

GĂ©rald : Tu te rappelles, on a dit : « Oh lĂ  lĂ , le mot rĂ©silience il est venu Ă  la mode avec le Covid, il y avait 3 quarts la population française qui ne savait pas ce que ça voulait dire ». Toi tu savais ce que ça voulait dire et tu l’as vĂ©cu, tu es une praticienne depuis longtemps de la rĂ©silience. Ben oui? Tu es d’accord AurĂ©lie, finalement ?

AurĂ©lie : Ouais ouais, je suis d’accord.

GĂ©rald : Tu ne l’as mĂȘme pas conscientisĂ©, parce que toi ça fait partie de tes gĂšnes dĂšs le dĂ©part, il y avait cette notion. J’ai dit Ă  un moment parcours de vie parcours du combattant, on est en plein temps donc la rĂ©silience c’Ă©tait une de tes armes finalement pour pouvoir avancer.

En seconde, tout petit Ă  petit va s’enchaĂźner : tu parles du test avec l’ordinateur, tu dis : « Oulala, la prise de note Ă©tait quelque chose de compliqué ». Ça aussi on ne se rend pas compte, mais ça peut ĂȘtre une barriĂšre.

AurĂ©lie : C’est vrai. Alors c’est dommage que du coup le podcast sera enregistrĂ© pour le mois d’octobre, du coup on va parler au futur


GĂ©rald : Allez on y va on va parler au futur, on triche un petit peu.

AurĂ©lie : On va parler au futur mais au passĂ©, du coup le 2 septembre j’ai donnĂ© un « atelier dans la peau d’un DYS », tout public en visio, oĂč du coup on a vu des ateliers dans la peau d’un DYS. Et donc on se met dans la peau d’un DYS et notamment dans la peau d’une personne dysgraphique ce qui fait que, comme je t’expliquais tout Ă  l’heure, tu peux avoir des petits soucis d’Ă©criture, si tu Ă©cris de la main droite comme tu es gaucher, eh bien tu peux avoir des problĂšmes d’Ă©criture et te dire mais c’est pas c’est pas terrible et puis ça demande beaucoup d’efforts.

GĂ©rald : Je confirme.

AurĂ©lie : Eh bien voilĂ , moi ce sont ateliers dans la peau que je peux faire Ă©galement, que j’ai dĂ©jĂ  fait de nombreuses fois, notamment en entreprise voilĂ , mais on y reviendra.

GĂ©rald : Et c’est important, voilĂ . Donc du coup, alors, juste valider. À ce moment de ta vie, seconde, premiĂšre et compagnie, tu voulais faire science de l’ingĂ©nieur, qu’on soit bien clair.
Non, mais voilĂ , c’est important, c’est-Ă -dire que toi


Aurélie : Parce que aprÚs, oui, effectivement, il y a tout un sujet particulier.

GĂ©rald : C’est pour ça que c’est important de le dire. Tu avais une vision des choses, tu avais une dĂ©termination sur ce que tu voulais faire.

AurĂ©lie : Exactement, je savais oĂč est-ce que je voulais aller. Malheureusement, ça ne s’est pas passĂ© comme prĂ©vu, c’est comme ça, sinon il n’y aurait pas d’histoire. Donc en fait, ce qu’il s’est passĂ© rĂ©ellement, c’est que, si tu veux, j’avais la mĂȘme moyenne en initiation aux sciences de l’ingĂ©nieur et en SVT. Donc au troisiĂšme trimestre de seconde, Ă  savoir 16,5 de moyenne, dans ces deux matiĂšres-lĂ . Ce qui est quand mĂȘme Ă©norme !

GĂ©rald : Ce qui est mĂȘme trĂšs trĂšs bien ! TrĂšs bien, tu es trĂšs fiĂšre de ça, tu as tout Ă  fait raison.

AurĂ©lie : VoilĂ , donc du coup, bah effectivement, moi j’avais fait comme premier voeu d’aller en science de l’ingĂ©nieur et en deuxiĂšme voeu en S SVT. Le truc c’est que j’ai subi du harcĂšlement par une de mes camarades de classe, dans le groupe d’initiation aux sciences de l’ingĂ©nieur. Et malheureusement, bah, ils m’ont jugĂ© comme associable. Les profs m’ont jugĂ© comme associable, ce qui est totalement faux, hein. Je pense que tu l’auras compris que je suis pas associable du tout.

GĂ©rald : On a Ă©changĂ© depuis quelques jours, je confirme, je valide, je tĂ©moigne mĂȘme si tu veux.

AurĂ©lie : VoilĂ , ça marche. Donc, bah voilĂ , du coup, ils m’ont dit, bah non, en fait, comme tu n’es pas capable d’ĂȘtre en groupe, en gros, on te met en S SVT.

Et lĂ , c’Ă©tait la douche froide, la chute, la descente aux enfers, comme j’aime bien le dire. Et en fait, je suis passĂ©e de 16,5 de moyenne en SVT au troisiĂšme trimestre de seconde, Ă  3 de moyenne en SVT Ă  la fin du troisiĂšme trimestre de premiĂšre S SVT.

GĂ©rald : Tu as perdu tout tes moyens, il n’y avait plus de confiance en toi, il n’y avait plus tout ça, c’est ça ?

AurĂ©lie : Alors, effectivement, voilĂ , c’est surtout la pratique, de la SVT, la chimie, qui Ă©tait trĂšs compliquĂ©e pour moi avec ma dysparxie, qui fait qu’on a du mal Ă  ĂȘtre minutieux, etc. Tout ce qui va ĂȘtre aussi, comment on appelle ça, tout ce qui va ĂȘtre travaux manuels, etc.

Gérald : Préparation, ouais


AurĂ©lie : C’est trĂšs compliquĂ© pour nous, parce que ça demande une certaine finesse, en fait, des gestes. Et ça, malheureusement
 Alors c’est quelque chose qui se travaille, mais qui n’est pas toujours facile, on va dire.

[đŸ„ JAM !]

GĂ©rald : On va rassurer les auditeurs trĂšs vite, parce que cette difficulté  Rappelle-toi, parcours de vie, parcours de combattante, on a parlĂ© du mot rĂ©silience, c’est ta personnalitĂ©. Moi, quand je t’ai contactĂ© la premiĂšre fois, t’as vu tout de suite ça matchĂ© entre tous les deux, parce que je la sentais cette Ă©nergie.

J’ai dit, mais AurĂ©lie, je suis tellement respectueux de cette Ă©nergie.
On va dire que finalement, bac de français difficile, du coup, tu passes sur une version privée, des difficultés, tu vas avoir ton bac, tu as ton bac.

AurĂ©lie : Bac de justesse, mais je l’ai eu. Et avec 16 Ă  l’oral en français et 16 Ă  l’oral en allemand.

GĂ©rald : Bravo.

AurĂ©lie : VoilĂ , donc ça, il faut le noter, comme quoi, mĂȘme si on est dysphasique et dyslexique, c’est possible, finalement.

GĂ©rald : Oui, c’est ce que tu dis, tu compenses par d’autres
 Tu vas faire un BTS Informatique.

Aurélie : Exactement.

GĂ©rald : Que tu vas obtenir d’ailleurs, mention « assez bien » 

Aurélie : Exactement.

GĂ©rald : Tu vas aprĂšs, je le dis parce que c’est important, Supinfo, et lĂ , au-delĂ  des Ă©tudes il y a un truc plus important que tout que les Ă©tudes c’est la rencontre avec JĂ©rĂ©my. JĂ©rĂ©my qui va devenir ton mari. Donc on est d’accord. On en est oĂč Ă  ce moment lĂ  dans le harcĂšlement ? Ça se calme, c’est toujours lĂ  ?

AurĂ©lie : Ça se calme.

GĂ©rald : Parce qu’on a affaire Ă  des jeunes adultes normalement, donc on affaire Ă  des gens qui commencent Ă  prendre du recul sur tout ça, non ?

AurĂ©lie : Alors oui et non. C’est effectivement des adultes, il y a des jeunes adultes, des autres beaucoup plus adultes, mais si tu veux, il y a toujours cette problĂ©matique de se dire : « Ah bah ouais, mais elle est plus lente que nous, elle va nous embĂȘter parce qu’elle est plus lente ».

GĂ©rald : Je ne la prends pas dans mon groupe…

AurĂ©lie : Il y a effectivement cette lenteur qui m’a toujours gĂȘnĂ©e dans ces relations sociales avec mes camarades de classe, finalement. Et donc des fois, on arrive Ă  se retrouver tout seul dans un groupe. Donc en gros, on est tout seul au lieu de faire un travail de groupe et malheureusement ma santĂ© en a pĂąti une fois.

J’ai quand mĂȘme eu 15, mais je me suis bousillĂ©e la santĂ©, donc je me suis dit plus jamais ça. LĂ , on est en plein dans la rĂ©silience, parce que ça m’a servi de leçon.

GĂ©rald : Tu l’as dit hein, on l’a dit plusieurs fois et on l’a entendu et tu sais que j’ai grandi humblement dans le monde de l’enfance inadaptĂ©e on en a parlĂ© aussi, donc j’ai une sensibilitĂ©. Tu dis la diffĂ©rence exclue, mais oui. Eh ouais, et elle ne devrait pas au contraire.

Aurélie : On devrait travailler avec !

GĂ©rald : Bien sĂ»r ! On continue. Il y a quelque chose qui va se passer et ça y est on va switcher, n’oublie pas hein, tu jeune femme diagnostiquĂ© DYS, mais aujourd’hui entrepreneuse engagĂ©e, on s’approche de ce switch et tu m’as : « GĂ©rald, il y a eu un switch Ă  un moment, c’est les stages en entreprise. »

Aurélie : Oui, les stages en entreprise.

GĂ©rald : C’est un sacrĂ© truc et moi il y a quelque chose qui me plaĂźt parce qu’on le sait, tu te rappelles toujours la question : « Alors tu es dans un critĂšre d’embauche, est-ce que tu dis ou est-ce que tu ne le dis pas ? ». Tu sais il y a toute une histoire
 alors il n’y a peut-ĂȘtre pas de bonne rĂ©ponse, AurĂ©lie, mais moi je veux avoir la tienne.

Tu t’es retrouvĂ©e dans ce format entrepreneurial, tu es arrivĂ©e avec ton handicap, comment tu gĂ©rer toi avec ta personnalitĂ©, parce que c’est toi qui compte. Comment tu l’as gĂ©rĂ© cette partie lĂ  ?

AurĂ©lie : Alors moi, j’ai tendance Ă  vouloir le dire, mais c’est vrai que la premiĂšre fois que j’ai cherchĂ© un stage, on m’a dit : « AurĂ©lie, ne dit surtout pas que tu es en situation de handicap, tu ne trouveras pas de stage ».

GĂ©rald : Ah oui 😯 !

AurĂ©lie : Alors moi tu sais, je suis quelqu’un d’aventuriĂšre, de challenger, j’aime bien qu’on me challenge, j’aime bien les petits dĂ©fis.

GĂ©rald : Donc tu n’as pas pris l’option la plus facile ?

AurĂ©lie : Alors, la plus facile, oui et non. Parce qu’en fait, si tu veux, dans l’idĂ©e, cette personne-lĂ  qui me disait « Il vaut mieux pas que tu le dise », etc. Je me suis dit, ok, j’ai quoi Ă  perdre ? Le seul truc que j’ai Ă  perdre, c’est rien, en fait. Parce que j’avais une recherche de stage facultatif Ă  faire, si tu veux.

GĂ©rald : D’accord.

AurĂ©lie : Et du coup, au mieux, je gagnais 10, pas 10 euros, 10 crĂ©dits ECTS. Donc, c’Ă©tait des points qu’on gagnait pour avoir de l’avance, en fait, pour l’annĂ©e d’aprĂšs dans mes Ă©tudes. Et au pire, je ne gagnais pas de points d’avance, et ce n’Ă©tait pas grave.

GĂ©rald : Tu ne perdais rien, en tout cas, tu ne gagnais pas, mais tu ne perdais rien.

AurĂ©lie : Exactement. Et donc du coup en fait ce qui s’est passĂ©, c’est que je me suis dit, ok ben je vais prouver ĂȘtre cette personne qu’elle a tort.

[đŸ„ JAM !]

GĂ©rald : Merci d’avoir Ă©coutĂ© JAM !
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[đŸ„ JAM]


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